Aix-en-Provence, le 17 février 2017

Lettre ouverte à Monsieur Emmanuel Macron.

Monsieur,

Alors que vous êtes candidat à la Présidence de la République, et comme tel en quête de notoriété, vous avez déclaré que la France en Algérie s’était rendue coupable de « crime contre l’humanité » et de « barbarie »

Dans cette circonstance vous en usez avec l’honneur de notre pays comme un héritier qui liquiderait ce qui reste de la demeure familiale pour disposer des moyens de briller dans le monde.

Certes, d’autres hommes politiques vous ont précédé dans cette voie. Durant ces dix dernières années, à chacun de leurs voyages en Algérie, déclaration après déclaration, ils ont renouvelé l’expression de la contrition française, tout en jurant leurs grands dieux qu’il ne s’agissait pas de repentance. Les gains économiques ou politiques furent-ils à la hauteur de ce qu’ils escomptaient? Certainement pas.

En tout cas, lorsque votre tour est arrivé, il vous a fallu compléter la mise passablement érodée par les marchandages précédents. D’où l’accusation que vous avez portée contre la France de « crime contre l’humanité » et de « barbarie ».


Comment ne pas se demander de quelle autorité morale, de quelle compétence historique, de quel mandat vous pouvez vous prévaloir pour condamner notre pays depuis l’étranger, et pour nous condamner.

« Dans ma jeunesse, lorsque autour de moi on voulait juger quelqu’un….on disait de tel ou tel, puissant ou misérable, qu’il fût le député de l’arrondissement ou le bistrot du coin : « c’est un homme » ou « ce n’est pas un homme » écrivait Albert Camus. Il poursuivait en énonçant quelques règles simples de morale à partir desquelles les rapports entre les hommes s’organisaient tacitement, que ces derniers portent le veston ou la djellaba. Ces mêmes hommes se réunissaient, à chaque cérémonie patriotique, médailles pendantes, pour saluer le drapeau français qu’ils avaient si souvent défendu ensemble au péril de leur vie.


C’est à eux que je pense lorsque vous nous accusez de « barbarie », ainsi qu’à ceux, hommes et femmes, qui ont assaini et cultivé la terre d’Algérie, qui ont enseigné et soigné ses enfants. C’est à ceux, enfin, qui furent enlevés parce qu’ils étaient fidèles à la France et pour lesquels les responsables politiques français, vos pairs, en voyage en Algérie, oublient délibérément depuis 1962 de demander des comptes.


Pour nous, Français d’Algérie, la fidélité reste une forme de l’honneur. Elle nous impose d’exiger de vous l’exposé des faits précis sur lesquels vous fondez vos accusations.


A dire vrai, dans la polémique que vous avez provoquée, vos réponses révèlent d’ores et déjà que vous ne savez rien d’une réalité et d’une histoire dont vous utilisez le tragique pour réussir votre plan de carrière.

Recevez, Monsieur, mes salutations distinguées


Evelyne Joyaux

Présidente du Cercle Algérianiste d’Aix-en-Provence

Mis en page le 17/02/2017 par RP.